L’École de Paris
Roman (Julliard 1959)

C’est le livre le plus long qu’ait écrit Jean Verdun : 366 pages bien serrées. Le romancier prend son temps et il a tout son temps puisque cette éducation sentimentale détaillée a été écrite tout entière au camp militaire de Brétigny-sur-Orge où Jean a été incorporé en novembre 1956, où il retournera comme instructeur après un bref séjour en Tunisie, où il recevra le télégramme de René Julliard qui lui annonce que son deuxième livre est retenu et où il sera enfin libéré en février 1959.
L’École de Paris paraît trois mois plus tard.


La critique, très abondante pour ce deuxième livre, semble embarrassée : l’auteur ne sacrifie pas à la mode du nouveau roman, mais n’écrit pas non plus un livre comme il en paraît tant. Le héros, Francis, cherche à se glisser dans Paris plutôt qu’à conquérir la capitale. Il ne s’agit pas non plus d’une autobiographie, même si Francis vient du lycée de Digne où Jean a passé quatre ans. Paradoxalement, Jean refuse à Francis tout ce qui a fait le tragique et le brillant de son propre destin. Il passe Francis au gris, un Francis qui n’a pas eu sa Michèle.
Comme Simenon l’a fait avec nombre de ses héros, Jean Verdun semble vouloir conjurer le mauvais sort en nous donnant avec Francis un sous-produit de lui-même. Parfait exemple de cette volonté de rapetissement : le père de Francis n’est pas, comme celui de Jean, un brillant magistrat assassiné par des irresponsables dans un imbroglio de stratégies politiques opposées, mais un pauvre petit répétiteur de lycée condamné à dix ans de prison pour collaboration.

Francis est finalement celui que Jean n’a pas été et qu’il redouterait de devenir, même si le personnage reçoit beaucoup de son auteur. C’est un garçon de la même époque, de la même province, à la sensibilité très voisine, victime comme lui d’un drame familial, et qui se rend au même âge que lui à Paris, à l’école de Paris, mais sans les armes ou les atouts de Jean.
Dans l’hedomadaire Arts, René Bourdier consacre un très long article à ce deuxième livre et il écrit :
« L’École de Paris est un roman solidement construit ( un peu long toutefois ou, plus justement, un peu lent), ce qu’il est convenu d’appeler « une œuvre de professionnel » par quoi il faut entendre que l’auteur en est responsable à cent pour cent comme un sculpteur de métier l’est de son marbre … »
« Je suis sensible aux livres qui semblent respirer comme les hommes, se gorger de l’air que respirent les hommes. L’École de Paris est de ceux-là…. »
« C’est à l’école de la vie que Jean Verdun a rencontré et observé ses personnages ... »

L’École de Paris
Morceau choisi

« Curieux état que celui dans lequel je vivais alors, racontait Francis plus tard. Ma sagesse qui ne fut jamais si grande commençait à me peser et je me rongeais l’âme en songeant à Cora. Je mis des années à comprendre qu’elle personnalisait déjà pour moi le Principe Subversif. J’aimais sans le savoir que ses confitures fussent achetées au marché noir, que sa situation me parût irrégulière, qu’elle parlât une langue si étrange, s’habillât, se coiffât autrement que ma mère. L’inquiétude que me causait son univers me paraissait pleine de promesses dangereuses et exquises. Et vous voudriez croire que cette femme, dix ans plus tard, m’ait remis dans la voie que vous appelez normale, raisonnable, celle des flics, des militaires et des pions, qu’elle ait préparé ma réussite sociale ? Folie, vous dis-je… »

L’École de Paris, page 39.