L’Empereur de rien
Théâtre,Detrad 2001

Célébrer le dieu Pan. Quel amoureux ne le fait pas, surtout s’il aime la Grèce comme l’aime Jean Verdun ?
Amour de son passé qui a tant fait pour l’intelligence humaine. Amour de son théâtre. Amour de son Olympe, tellement plus rayonnant que les tristes Sinaï et Mont du Golgotha. Amour de sa lumière, de ses îles, de ses collines, de ses bateaux, de son vin blanc, le vrai, le résiné, celui qui se buvait tiré du tonneau dans des gobelets de cuivre.
Jean et Nicole ont aimé la Grèce et y ont souvent séjourné. Les premières pages de L’Empereur de Rien ont été écrites dans les Sporades, en mer Égée. C’était dans le début des années 70.

De retour à Paris, Nicole et Jean réunissaient des amis pour les faire boire et rire à l’écoute des dernières aventures de Canelle et du dieu Pan. Il s’agissait d’amis choisis qui savaient faire la différence entre un dieu et un autre. De quelle forme littéraire s’agissait-il lors de ces lectures ? Des textes décousus, impubliables, ni roman ni théâtre. Jean disaient d’eux : "Ce sont seulement des regards sur l’Olympe. Je ne leur attache que la valeur d’être nés du bonheur."
Puis Nicole est partie pour l’Orient éternel et Jean délaissa ses "Souvenirs du temps des vivants". Comme son héros Canelle, il se sentit couronné « Empereur de rien » et ne s’en consacra que plus à ses fonctions maçonniques.
Il revint à son manuscrit en 1992, treize ans plus tard, au temps de son mariage avec Laurencine Lot et il opta pour une pièce de théâtre. Il y introduit le personnage de Nick, souvenir de Nicole, que le personnage de Canelle connaîtra dans une auberge à mi-pente de l’Olympe, là où les dieux font escale avant leurs périodiques symposiums.
L’Empereur de rien a un ton, une construction, une insolence et une allégresse qui l’oppose à la quasi-totalité des œuvres contemporaines montées dans les théâtres privés ou publics.

L’Empereur de rien
Morceau choisi

Le Caméraman. Le Grand Pan est mort !
Lecoeur. Il n’est pas mort, il reviendra.
Alma. Ohé d’Athènes, ohé d’Olympie, ohé de Delphes, le Grand Pan est mort ! Ohé de Naxos, le Grand Pan est mort ! Allez-y, criez comme moi. Proclamez, répandez la parole du glas. Il faut aussi que nous soyons entendus du sommet de l’Olympe. Ohé du symposium, le Grand Pan est mort !
Lecoeur. Il n’est pas mort, il reviendra. J’enseignerai qu’il reviendra.
Le Caméraman. Ohé de l’Himalaya, le Grand Pan est mort ! Ohé de Lhassa, ohé de Bénarès, ohé de Tokyo, de Kyoto, de Bangkok, de Beijing, ohé de Shangaï, ohé de Timor, ohé de Ceylan, le Grand Pan est mort.
Lecoeur. Il n’est pas mort, il reviendra. J’enseignerai qu’il reviendra.
Martine. Eh bien tant mieux s’il est mort ! Ohé de Rome, ohé de Lourdes, ohé de Lisieux, ohé de Courcelles, ohé de Séville, ohé d’Avila, le Grand Pan est mort !
Alma. Plus fort. Faites-vous entendre. Ohé de La Mecque, ohé de Jérusalem, Grand Pan est mort !
Lecoeur. Il n’est pas mort, il reviendra. J’enseignerai qu’il reviendra. Il n’est pas mort, il reviendra. J’enseignerai qu’il reviendra.
Le Caméraman. Ohé de San Fransisco, ohé de Rio…
Alma. Pas Rio ! Ne désespérez pas Rio.
Le Caméraman. Ohé de Boston, ohé de New York, ohé de Baton-Rouge, le Grand Pan est mort !
Nick. Ohé, les filles d’Aphrodite, le Grand Pan est mort.
Lecoeur. Il n’est pas mort, il reviendra. J’enseignerai qu’il reviendra.
Martine. Tu n’en as pas le droit, Jean Lecoeur. Reste laïc. Il est mort, il est mort et, moi, je dis que c’est tant mieux.
Alma. Le Grand Pan est mort ! Hourra ! Nous voilà repartis pour trente-trois ans de monothéisme !
Voix en écho. Le Grand Pan est mort ! Le Grand Pan est mort !
Canelle. Ohé de Belleville, ohé de Ménilmontant, le Grand Pan est mort.
Nick. Mais toi, tu vis, Canelle, et je t’aime.

L’Empereur de rien, page 124.