Bébé-Fleur
Morceau choisi
Martine. Son ambition vous gêne-t-elle ou vous stimule-t-elle ? J’imagine qu’elle doit peser sur votre vie. Elle m’était fort pénible autrefois.
Charlotte. Daru, fais-la taire ! Vous continuez tous les deux à vous moquer de moi.
Martine. Je vois. S’il n’était pas très ambitieux, vous le seriez assez pour deux. Je t’ai ouvert le ventre, ma petite.La grosse tumeur de l’ambition est là. Nous allons très vite aboutir.
Charlotte. Vous êtes encore très belle et vous êtes célèbre. J’ai compris qu’il veut me larguer, mais je vendrai ma peau très cher. Il savait forcément que son ancienne femme était Doc Martens. Vos photos sont publiées partout et les télévisions ne parlent que de vous.
Martine. Vous m’avez vue souvent à la télévision ou en photo ?
Charlotte. Cent fois.
Martine Jamais. Je vous l’assure : jamais ! Jamais ! Je ne travaille pas de cette façon. Les politiques ont tellement envie de lumière que je la leur laisse. Moi, on parle de moi sans me voir. Vous n’avez jamais vu aucune photo de moi, Charlotte. Même mon fils n’en a pas. Je vous donne l’assurance que Frédéric ne savait pas que j’étais vivante ni qu’on m’appelait Doc Martens. Il faut me croire. Vous me croyez ? Oui, tu commences peu à peu à me croire. Tu es intelligente et ambitieuse.
Charlotte. Et quand le président de l’Assemblée nationale m’a présentée à vous, Daru, cela ne vous a rien dit ? À quoi bon me mentir ? J’ai bien compris qu’il s’en allait.
Martine Je n’ai pas entendu le nom de Daru. Il me semble à présent que le président a dit d’une jeune femme, vous peut-être, voici Charlotte, la fidèle des fidèles.
Daru. À coup sûr, le président a évité de t’appeler madame Daru, par délicatesse à l’égard de Martine. À moi non plus, il n’a fait aucune allusion.
Charlotte. Il évite de me nommer, pardi ! Je suis la partie ancillaire des choses. Moi, on ne me présente pas. Vous pouvez desservir, Charlotte. La fête est finie.
Bébé-Fleur, page 88. |