| Après sa mort, Jean récapitule tous les faits qui avaient conduit le Président Verdun à refuser la proposition de son ami d’enfance, Marcel Pagnol : démissionner de la magistrature pour prendre la direction juridique de ses studios de cinéma. Henri Verdun avait considéré qu’il s’agirait là d’une désertion devant le danger, contraire à sa morale de catholique très pratiquant. Pagnol, lui, n’y voyait qu’une précaution élémentaire.
Ce furent les témoignages d’une trentaine de personnes que
Jean recueillit directement tout au cours des années suivantes.

Le cercueil du Président Verdun quitte le Palais de Justice d'Aix-en-Provence pour l'église Saint-Jean-de-Malte. Madame Verdun est entourée de ses deux fils, Jean à sa gauche, André à sa droite. Nénène suit immédiatement derrière, coiffée de son immuable béret .
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L’affaire de cet assassinat était très embrouillée et donnait lieu à des commentaires contradictoires. Tout le monde s’accordait cependant
sur l’honnêteté scrupuleuse du magis-strat.
Mais Henri Verdun était le beau-frère d’André Diethelm nommé par le Général de Gaulle ministre de la Guerre du Gouvernement provi-soire, celui qui allait bientôt débarquer en France avec les alliés. Henri Verdun redoutait que son épouse, sœur de Diethelm soit inquiétée s’il démission-nait. Il ne pouvait pas se douter que sa parenté par alliance avec André Diethelm allait avoir de toutes autres conséquences.
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Officiellement, le Président Verdun fut assassiné contre l’avis des Mouvements unis de résistance zone sud (témoignage de Max Juvénal) par des éléments incontrôlés de la Résistance.Cela signifiait en clair que ces éléments
incontrôlés lançaient un avertissement à André
Diethelm, dont on pouvait deviner dès avant la Libération
qu’il serait chargé par le général de Gaulle
d’attirer dans l’armée le plus possible de résistants
afin de désarmer les forces de l’intérieur et en particulier
les communistes.
Jean mit des années à débrouiller cet écheveau
de raisons secrètes ou non-dites et à éclaircir les
vrais motifs de l’assassinat. Les problèmes moraux, psychologiques,
religieux, militaires et politiques que l’affaire soulevait ou dissimulait
ont durablement marqué Jean Verdun. Il ne les a pourtant jamais
directement abordés dans aucun de ses nombreux écrits. Ils
apparaissent néanmoins avec évidence avec la marche à
la mort de son personnage du Maître dans L’Architecte.
Au long de L’Enfant nu, récit autobiographique de son adolescence,
Jean n’aborde pas la question de fond puisque le livre exprime la
vision de l’enfant et non celle de l’adulte qui a écrit
le livre vingt ans plus tard.
Page 82, il rapporte froidement un feuillet de son agenda :
"I8 janvier 1944,
Le matin, rien d’important. Le soir, à 7 heures et demie,
M. Langemus que l’on attendait pour dîner est venu nous annoncer
que des inconnus avaient assassiné papa tandis qu’il marchait
à son côté."
Nous n’en apprendrons pas plus, mais l’assassinat de son père
va irriguer de façon souterraine plusieurs de ses œuvres et
orientera le regard de Jean Verdun sur la famille, la religion, la Justice
et les autorités sociales.
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