Henri Verdun

 

Henri Verdun, père de Jean Verdun, a laissé le souvenir d’un grand juriste, magistrat scrupuleux, mais sévère. Son assassinat en 1944 fit grand bruit et il fut une énigme pour le jeune Jean, âgé de treize ans.
Pendant toute son adolescence, Jean n’eut de cesse de percer le mystère de cette mort à laquelle Henri Verdun avait semblé consentir.
Nommé président de chambre à la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, Henri Verdun s’était vu attri--buer la chambre correctionnelle qui jugeait en deuxième instance les grosses affaires de marché noir de la région
d’Aix-Marseille. Il reçut dès lors une pluie de menaces de mort dont il ne cachait pas la gravité à son fils aîné, qui le rejoignait presque chaque jour pour « faire ses devoirs » sous le regard de son père au Palais de Justice.

Après sa mort, Jean récapitule tous les faits qui avaient conduit le Président Verdun à refuser la proposition de son ami d’enfance, Marcel Pagnol : démissionner de la magistrature pour prendre la direction juridique de ses studios de cinéma. Henri Verdun avait considéré qu’il s’agirait là d’une désertion devant le danger, contraire à sa morale de catholique très pratiquant. Pagnol, lui, n’y voyait qu’une précaution élémentaire.
Ce furent les témoignages d’une trentaine de personnes que Jean recueillit directement tout au cours des années suivantes.



Le cercueil du Président Verdun quitte le Palais de Justice d'Aix-en-Provence pour l'église Saint-Jean-de-Malte. Madame Verdun est entourée de ses deux fils, Jean à sa gauche, André à sa droite. Nénène suit immédiatement derrière, coiffée de son immuable béret .

 

L’affaire de cet assassinat était très embrouillée et donnait lieu à des commentaires contradictoires. Tout le monde s’accordait cependant sur l’honnêteté scrupuleuse du magis-strat.
Mais Henri Verdun était le beau-frère d’André Diethelm nommé par le Général de Gaulle ministre de la Guerre du Gouvernement
provi-soire, celui qui allait bientôt débarquer en France avec les alliés. Henri Verdun redoutait que son épouse, sœur de Diethelm soit inquiétée s’il démission-nait. Il ne pouvait pas se douter que sa parenté par alliance avec André Diethelm allait avoir de toutes autres conséquences.

Officiellement, le Président Verdun fut assassiné contre l’avis des Mouvements unis de résistance zone sud (témoignage de Max Juvénal) par des éléments incontrôlés de la Résistance.Cela signifiait en clair que ces éléments incontrôlés lançaient un avertissement à André Diethelm, dont on pouvait deviner dès avant la Libération qu’il serait chargé par le général de Gaulle d’attirer dans l’armée le plus possible de résistants afin de désarmer les forces de l’intérieur et en particulier les communistes.
Jean mit des années à débrouiller cet écheveau de raisons secrètes ou non-dites et à éclaircir les vrais motifs de l’assassinat. Les problèmes moraux, psychologiques, religieux, militaires et politiques que l’affaire soulevait ou dissimulait ont durablement marqué Jean Verdun. Il ne les a pourtant jamais directement abordés dans aucun de ses nombreux écrits. Ils apparaissent néanmoins avec évidence avec la marche à la mort de son personnage du Maître dans L’Architecte.
Au long de L’Enfant nu, récit autobiographique de son adolescence, Jean n’aborde pas la question de fond puisque le livre exprime la vision de l’enfant et non celle de l’adulte qui a écrit le livre vingt ans plus tard. Page 82, il rapporte froidement un feuillet de son agenda :
"I8 janvier 1944,
Le matin, rien d’important. Le soir, à 7 heures et demie, M. Langemus que l’on attendait pour dîner est venu nous annoncer que des inconnus avaient assassiné papa tandis qu’il marchait à son côté."
Nous n’en apprendrons pas plus, mais l’assassinat de son père va irriguer de façon souterraine plusieurs de ses œuvres et orientera le regard de Jean Verdun sur la famille, la religion, la Justice et les autorités sociales.