Lumière sur la Franc-Maçonnerie universelle
Essai, Detrad 2002

L’année 2002 marque une importante évolution dans l’Histoire de la Franc-Maçonnerie européenne continentale et cette évolution répond aux vœux et au travail de Jean Verdun et de son ami Georges Neslany, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Belgique.
En avril, une grande réunion de 35 obédiences européennes et africaines se tient à Bruxelles à l’initiative de la Grande Loge de Belgique et à laquelle Jean participe au côté du Grand Maître du Grand Orient de France. La Grande Loge de France, très réservée jusque-là et qui le redeviendra plus ou moins par la suite, s’associe ce jour-là au mouvement.

Sans traiter directement de cette actualité immédiate, Jean veut la célébrer par un petit livre apaisé. Ce sera "Lumière sur la Franc-Maçonnerie universelle", et par universelle, Jean veut dire "ouverte à toutes les obédiences légitimes" par opposition à la Franc-Maçonnerie qui se déclare elle-même régulière et qui se ferme à celles qui ne respectent pas certains critères anglo-saxons de régularité, en particulier la croyance en la Révélation.

Jean reprend dans son nouveau livre plusieurs de ses thèmes favoris, mais la plus grande originalité de "Lumière sur la Franc--Maçonnerie universelle" se trouve dans les chapitres qui concernent les ques-tions mises à l’étude des loges. Jean avait déjà vivement dénoncé leurs pratiques dans "La Nouvelle Réalité maçonni- que". Ces questions, vieille habitude des loges françaises, ont eu leurs heures de gloire et d’efficacité. Elles ont permis de préparer en loge bien des lois de progrès.


On a même pu dire en se vantant à peine que les loges ont été de véritables petits laboratoires d’idées.
Jean s’en prend à la manière dont ces questions sont traitées aujourd’hui dans toutes les obédiences de la Franc-Maçonnerie universelle. La globalisation des sujets fondamentaux de société rend totalement obsolète le concept même de laboratoire d’idées dans les loges. La société d’à présent ne manque pas d’idées. Il en pleut même de toutes les sortes sur toutes les bibliothèques du monde. Si les loges peuvent encore contribuer au Progrès, ce ne peut plus être en ajoutant quelques idées nouvelles à tant d’autres, mais en faisant le tri dans celles qui arrivent de partout.
Jean Verdun décrit le "Delta limoneux" où aboutissent les fleuves de la connaissance mondialisée contemporaine. Il assigne aux francs-maçons d’aujourd’hui la mission de trier dans le limon laissé par ces divers courants de pensée les idées anciennes ou nouvelles, qui portent en elles les valeurs morales, sociales et spirituelles portées et défendues par la Franc-Maçonnerie universelle.
En avance ou à contre-courant sur bien des points, ce livre est sans doute le plus audacieux de son auteur sur les questions essentielles à ses yeux pour le vécu maçonnique. Il est un très utile complément à "La Réalité maçonnique".


Lumière sur la Franc-Maçonnerie universelle
Morceau choisi

Nos loges ont situé leurs orients dans l’embouchure formant delta d’un très long fleuve, celui qu’évoquait Héraclite. Pour nous représenter ce delta, imaginons toutes les embouchures du monde amalgamées en un seul delta, celui du Rhône, du Danube, du Nil, du Niger, du Gange, du Mékong, du Mississippi, de l’Amazone, du Fleuve bleu de la Chine et de tout autre fleuve aux bouches multipliées.
L’ensemble constitue la contrée immense et alluviale où les francs-maçons se retrouvent entre équerre et compas. S’y sont accumulés depuis des millénaires tous les limons qui nous sont venus des Assyriens, de la Chine, des Égyptiens, des Juifs, des anciens Grecs, des Romains, des Chrétiens, des musulmans, des chevaliers du Moyen-Âge, des savants de la Renaissance, des Encyclopédistes des mouvements sociaux du 19ème et 20ème siècles, de tout ce qui a pu se dire, se croire ou se penser sur notre planète au cours des âges, d’orient en occident et du septentrion au midi, pour répondre aux désirs, aux besoins, aux attentes et aux aspirations des Humains : paroles perdues et retrouvées, mots d’origine et substitués.
Ce delta limoneux forme une terre fertile que nous avons colonisée. Y ont résidé, y résident et y résideront tous les francs-maçons de la terre. Ils y cultivent tous les limons sans jamais en rejeter un, sauf à l’avoir passé par leur libre examen avant de le juger mauvais. Encore ne décident-ils pas les uns pour les autres. Vérité d’un côté du bayou, erreur au-delà. Nous sommes dans un paysage plat, sans un clocher, sans aucune éminence, une étendue aux confins très mal définis, aux horizons bleutés et flous. Aux bouches du delta, le fleuve glisse lentement vers la mer océane. Ses eaux ont laissé à nos pieds ces alluvions et ces débris dont nous nous emparons avec la fièvre de bâtir.
Il n’y a pas de synthèse à faire du Delta limoneux, ni de sa pensée, ni de son idée, ni même de sa réalité. On trouve nécessairement de tout sur ces terres du bout du monde.

Lumière sur la Franc-Maçonnerie universelle, page 74.