La Réalité maçonnique
Essai (Editions Luc Pire 2006)

Quand paraît La Réalité maçonnique, hormis les ouvrages d’histoire ou les commentaires sur les relations de la Franc-Maçonnerie avec la politique, l’abondante bibliothèque maçonnique était presque exclusivement composée de fadaises aux fins de propagande. Surnageaient seulement une vingtaine de titres, mieux écrits, tous inconnus du grand public, dont le propos était de commenter ou d’expliciter les rituels et les divers symboles pratiqués par les loges.
Le livre de Jean Verdun, au ton et au thème totalement nouveaux, eut immédiatement un très grand retentissement dans les loges françaises, belges et de la Suisse romande. Il ne s’était jamais rien écrit de semblable sur ce sujet



1982



 



2002






Comme le serment traditionnel de respecter le secret maçon--nique est prononcé par chaque maçon lors de son initiation, tout écrit relève du parjure, s’il décrit la vie en loge ou s’il commente les rituels ou les symboles. Mais le milieu maçonnique a toujours fait de ce type de parjure une monnaie courante. L’observateur objectif se demandera d’ailleurs très justement : ce serment de garder le secret est-il authen--tique, virtuel ou symbolique ? Et s’il y a réellement secret, peut-il être dévoilé comme le serait un véritable mystère ?


La bataille avec l’Élise catholique, même si elle n’a plus sa virulence d’autrefois, a laissé de profondes cicatrices dans les loges. On y confond souvent le secret initiatique traditionnel et la prudente discrétion à l’égard d’une société moins tolérante qu’elle ne veut le paraître et où les francs-maçons peuvent être encore persécutés comme ils l’ont été si longtemps.
Jean Verdun s’échappe de cette problématique. Il publie La Réalité maçonnique un an avant la levée de l’excommunication, levée qui découle de la refonte du Droit canon de 1983.
Par « réalité », Jean Verdun entend le vécu, la vérité toute simple, ce que chaque franc-maçon sait, mais qu’il n’ose pas écrire ou qu’il ne dit pas pour respecter l’évanescent secret. Du coup, la lecture des auteurs maçonniques laisse presque toujours un sentiment de révélations incomplètes, de confidences parcimonieuses.
Jean Verdun, lui, cherche à dissiper l’écran de fumée dont s’est entourée la Franc-Maçonnerie française. Il ne veut plus de faux mystères, d’arrogance spirituelle, de prétentions philosophiques et de ces courtes vues sociales ou politiques par lesquelles certains de ses frères et confrères dénaturent le vrai travail des loges. Jean pousse la sincérité aussi loin qu’il le peut et n’hésite pas à se mettre lui-même en scène. Il nous raconte comment et pourquoi sa tante Jacqueline Diethelm l’a incité à entrer en loge.

Il nous entraîne à sa suite quand il se rend à pied rue Puteaux et il évoque les longues discussions qui se prolongent après la tenue sous les marronniers de la petite place où il habite.
Il stupéfie sa femme Nicole en lui révélant dans les jardins de Chenonceaux qu’il va demander l’initiation. Il nous raconte enfin, dans son chapitre « l’Orient éternel », les heures qui précèdent et celles qui suivent la mort foudroyante de Nicole.
La Réalité maçonnique est devenu un livre-culte pour des milliers d’hommes et de femmes qui, après sa lecture, ont demandé l’initiation. C’est en pensant à elles et à eux que Jean a exprimé sa colère après les dérives de 1995. Il se sentait responsable de l’engagement de très nombreux filleuls dont plusieurs centaines l’avaient invité à leur cérémonie d’initiation sans qu’il puisse toujours s’y rendre. Il lui fallait absolument poursuivre son travail de clarté et de vérité.
À ceux qui lui ont reproché, parfois vertement, certains de ses livres maçonniques suivants, Jean a toujours répondu que le noir rehausse le blanc et que le jour ne peut s’imaginer sans la nuit.
(ci-contre la dernière réédition)
 

La Réalité maçonnique
Morceaux choisis

Elle, fouineuse et découvrant ses décors maçonniques : «Mais tu ne m’avais pas dit que tu étais
curé. »

J’aime que Choderlos de Laclos, l’auteur des Liaisons dangereuses, ait été franc-maçon, mais plus encore qu’il ait appartenu à la loge La Candeur.

La loge requiert la bonté, oxygène de la fraternité. Mais que les francs-maçons soient souvent de braves gens ne doit pas faire oublier le grand nombre de ceux qui ont été moralement, intellectuellement et physiquement braves en première ligne des combats qu’ils menaient contre l’intolérance, l’injustice, l’ignorance, les superstitions et le fanatisme.

Une fois initiés, certains intellectuels en loge ressemblent à des scarabées qu’on aurait retournés sur le dos.

Quand des anthropophages s’apprêtent à déguster un franc-maçon, ils lui demandent toujours avant de l’occire s’il appartient au Grand Orient ou à la Grande Loge : pour l’assaisonner selon, car c’est l’assaisonnement qui fait la différence.

À l’île Maurice, après la chaleur fraternelle de l’accueil à l’aéroport et la visite de notre nouveau temple qui n’était pas encore achevé lors de mon dernier séjour, je retrouve pour un déjeuner à Curepipe le collège des officiers d’une de nos loges. Autour de la table, toutes les communautés de l’île sont réunies : créole, hindoue, blanche, musulmane, chinoise. « Seule la Franc-Maçonnerie peut réussir ça », me dit le Vénérable avec une visible et légitime fierté.

La Réalité maçonnique, pages 171 et suivantes.