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La bataille avec l’Élise catholique, même si elle n’a
plus sa virulence d’autrefois, a laissé de profondes cicatrices
dans les loges. On y confond souvent le secret initiatique traditionnel
et la prudente discrétion à l’égard d’une
société moins tolérante qu’elle ne veut le
paraître et où les francs-maçons peuvent être
encore persécutés comme ils l’ont été
si longtemps.
Jean Verdun s’échappe de cette problématique. Il publie
La Réalité maçonnique un an avant la levée
de l’excommunication, levée qui découle de la refonte
du Droit canon de 1983.
Par « réalité », Jean Verdun entend le vécu,
la vérité toute simple, ce que chaque franc-maçon
sait, mais qu’il n’ose pas écrire ou qu’il ne
dit pas pour respecter l’évanescent secret. Du coup, la lecture
des auteurs maçonniques laisse presque toujours un sentiment de
révélations incomplètes, de confidences parcimonieuses.
Jean Verdun, lui, cherche à dissiper l’écran de fumée
dont s’est entourée la Franc-Maçonnerie française.
Il ne veut plus de faux mystères, d’arrogance spirituelle,
de prétentions philosophiques et de ces courtes vues sociales ou
politiques par lesquelles certains de ses frères et confrères
dénaturent le vrai travail des loges. Jean pousse la sincérité aussi loin qu’il le peut et n’hésite pas à se mettre lui-même en scène. Il nous raconte comment et pourquoi sa tante Jacqueline Diethelm l’a incité à entrer en loge.
Il nous entraîne à sa suite quand il se rend à pied rue Puteaux et il évoque les longues discussions qui se prolongent après la tenue sous les marronniers de la petite place où il habite.
Il stupéfie sa femme Nicole en lui révélant dans les jardins de Chenonceaux qu’il va demander l’initiation. Il nous raconte enfin, dans son chapitre « l’Orient éternel », les heures qui précèdent et celles qui suivent la mort foudroyante de Nicole.
La Réalité maçonnique est devenu un livre-culte pour des milliers d’hommes et de femmes qui, après sa lecture, ont demandé l’initiation. C’est en pensant à elles et à eux que Jean a exprimé sa colère après les dérives de 1995. Il se sentait responsable de l’engagement de très nombreux filleuls dont plusieurs centaines l’avaient invité à leur cérémonie d’initiation sans qu’il puisse toujours s’y rendre. Il lui fallait absolument poursuivre son travail de clarté et de vérité.
À ceux qui lui ont reproché, parfois vertement, certains de ses livres maçonniques suivants, Jean a toujours répondu que le noir rehausse le blanc et que le jour ne peut s’imaginer sans la nuit. (ci-contre la dernière réédition)
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La Réalité maçonnique
Morceaux choisis
Elle, fouineuse et découvrant ses décors maçonniques : «Mais tu ne m’avais pas dit que tu étais
curé. »
J’aime que Choderlos de Laclos, l’auteur des Liaisons dangereuses, ait été franc-maçon, mais plus encore qu’il ait appartenu à la loge La Candeur.
La loge requiert la bonté, oxygène de la fraternité. Mais que les francs-maçons soient souvent de braves gens ne doit pas faire oublier le grand nombre de ceux qui ont été moralement, intellectuellement et physiquement braves en première ligne des combats qu’ils menaient contre l’intolérance, l’injustice, l’ignorance, les superstitions et le fanatisme.
Une fois initiés, certains intellectuels en loge ressemblent à des scarabées qu’on aurait retournés sur le dos.
Quand des anthropophages s’apprêtent à déguster un franc-maçon, ils lui demandent toujours avant de l’occire s’il appartient au Grand Orient ou à la Grande Loge : pour l’assaisonner selon, car c’est l’assaisonnement qui fait la différence.
À l’île Maurice, après la chaleur fraternelle de l’accueil à l’aéroport et la visite de notre nouveau temple qui n’était pas encore achevé lors de mon dernier séjour, je retrouve pour un déjeuner à Curepipe le collège des officiers d’une de nos loges. Autour de la table, toutes les communautés de l’île sont réunies : créole, hindoue, blanche, musulmane, chinoise. « Seule la Franc-Maçonnerie peut réussir ça », me dit le Vénérable avec une visible et légitime fierté.
La Réalité maçonnique, pages 171 et suivantes.
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