| Hors séance, mais publiquement, Jean est injurié par un
homme falot qui se ronge d’ambitions mal assouvies. En séance,
des paroles, qui ont été effectivement prononcées
par Jean, sont rapportées dans un esprit très détestable.
Jean quitte alors le convent sans faire d’éclat et n’assistera
pas le lendemain à la cérémonie commémorative
du Centenaire e la Grande Loge de France au cours delaquelle sera jouée
la pièce de circonstance qu’il a écrite « L’Impromptu
du centenaire ».
En septembre de la même année, Jean, qui a du mal à
comprendre ce qui lui est arrivé après tant d’années
de fidélité à son obédience, apprend que les
convents des autres obédiences se passent mal ou très mal.
Celui du Grand Orient de France va même faire la une des quotidiens
pendant deux jours et la couverture de plusieurs hebdomadaires. On annonce
qu’après plus de deux siècles d’existence, la
première obédience française est en train d’imploser.
Jean comprend alors que son aventure personnelle, sur laquelle il est
resté discret tout l’été, n’est qu’une
manifestation parmi d’autres d’un malaise général
de toute la Franc-Maçonnrie française.
Il veut réagir sans délai. Entre octobre et décembre,
il écrit Le Franc-Maçon récalcitrant. Il remet le
manuscrit à l’éditeur à la veille de Noël
et il s’envole pour le Chili où il va passer les fêtes
en famille.
Alors qu’il visite la maison de Pablo Neruda, nouvellement ouverte
au public à Isla-Negra, il demande à Laurencine Lot de le
photographier pour la couverture du Récalcitrant. « Qu’on
sente bien dans mon visage, lui demande-t-il, que je n’ai rien à
voir avec des gens qui se comportent dans les convents comme des voyous
surexcités. »Et Laurencine, photographe de théâtre,
réussit la photo demandée.
Premier bienfait d’un livre aussi spontané qu’irréfléchi,
Jean s’est débarrassé de sa mauvaise humeur, mais
la colère n’est pas bonne philosophe. Son analyse de la situation
maçonnique française manque de profondeur. Il n’a
pas encore réuni assez d’éléments pour affiner
son diagnostic : sans le savoir encore, les francs-maçonnes et
les francs-maçons français passent d’une époque
à une autre. Rien de plus difficile pour un Ordre traditionnel.
Chaque obédience cache ses malaises internes et les tensions entre
ses membres. La Grande Loge de France plus encore que les autres, mais
elle tient avant tout à le dissimuler, alors qu’au Grand
Orient tout est jeté sur la place publique. Jean est donc condamné
pour violation du secret maçonnique, ce qui ne manque pas de drôlerie
pour qui a lu la presse de cet automne-là.
Jean quitte la Grande Loge de France et il enquête dans les autres
obédiences. Il comprend de mieux en mieux ce qui se passe et, comme
un paysan qui revient dans ses champs après la grêle et revoit
son plan d’assolement, il exposera sa vue nouvelle dans La Nouvelle
Réalité maçonnique.
Pour l’heure et avant de s’en prendre au système des
hauts-grades, constitué par-dessus la Grande loge de France en
autorité spirituelle infaillible, il conclut Le Franc-Maçon
récalcitrant par une citation tirée d’un rituel du
30ème degré :
« Je respecte la liberté de conscience, de pensée
et de parole.
Je déteste l’intolérance, l’hypocrisie, l’arrogance
et l’usurpation d’où qu’elles viennent.
Je méprise toutes impostures.
Je respecte et je considère le travail qui ennoblit la nature humaine.
Je combats tous les privilèges, qu’ils procèdent de
la richesse ou de la situation sociale ; qu’ils s’inspirent
d’intérêts particuliers ou collectifs.»
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