Retournons rue Montorgueil
Roman (Julliard 1960).

Libéré de l’armée, Jean a retrouvé Paris et son quartier le plus animé, celui des Halles. La rue Montorgueil le fascine avec ses petits commerces, ses restaurants et la façade défraîchie du « Rocher de Cancale » où à l’époque romantique on emmenait souper les actrices.
Jean dit à ses amis et en particulier à Max Papart, le peintre dont il est très proche en ces années-là et auquel le livre est dédié : « J’observe tous ces gens, je leur parle et j’invente les histoires de leurs vies. Je me sors ainsi de moi-même. Il est beaucoup trop tôt pour que j’écrive sur ma propre vie et sur moi. » Max Papart, qui préfère Jean quand il s’exprime en disciple des surréalistes, lui répond en se moquant de lui : « La nuit, je lis au lit Zola. »


Le Figaro littéraire rend compte comme suit de ce troisième roman :
« Des personnages bien campés, drus, solides, antipathiques ou sympathiques à la fois vivent une action implacable dans laquelle l’argent, les affaires, l’âge et l’amour gardent toute leur importance. C’est l’antagonisme entre le vieil imprimeur, consciencieux, fidèle au travail bien fait, sûr de ses droits, peu commerçant, mais âpre au gain, et les hommes d’affaires, financiers, comptables et femmes ambitieuses…. »
« Certaine évocation de l’île de Chatou est d’un réalisme impressionnant avec peu de mots. C’est un roman solide et intelligent…. »
J.L. Prévost, lui, résume le roman en trois lignes pour une notice bibliographique :
« Ce roman réaliste a pour cadre le quartier des Halles et une entreprise d’imprimerie et de brochage. De froids intérêts, des impulsions violentes opposent trois hommes et deux femmes dans un jeu complexe. L’une d’elles périt dans des conditions horribles. Une curieuse figure se détache, celle de Goulet, comptable doublé d’un poète surréaliste. Le récit est animé, bien conduit, mais immoral d’un bout à l’autre. »
Retournons rue Montorgueil
Morceau choisi

Elle se décida tout à coup à se dévêtir. Elle portait un sweater à manches longues et une jupe en gros tissu imprimé avec deux larges poches rondes sur le devant. Elle dégrafa sa jupe qui tomba autour de ses pieds et elle retira son sweater, apparaissant à Georges, qui se tenait debout devant le lit, de dos, un jupon autour des reins, les épaules nues, voulant manifestement aller vite, en finir le plus tôt possible, ne pas montrer qu’elle avait peur, qu’elle se déshabillait pour la première fois devant un homme.
- Bien, bien, fit-il.
Elle souleva un pied après l’autre pour sortir de sa jupe qui entourait ses chevilles et elle marcha droit vers le mur comme si elle tenait à vérifier quelque chose sur la tapisserie, la similitude de deux fleurs ou la qualité de leur dessin, mais quand elle fut tout près du mur, elle avança encore, exactement comme si elle connaissait l’existence d’une porte dérobée qui allait à son approche s’ouvrir et l’enlever à Georges.
- Ne faites pas l’enfant, dit-il. Soyez une vraie femme. Mettez-vous nue.

Retournons rue Montorgueil, page 239.